
Villeurbanne-Ce que le PLU-H m’a apporté
Sur la fin du mois de mai et au tournant de celui de juin 2018, tous mes efforts se sont dirigés vers l’examen de Villeurbanne. Ainsi, c’est dans le cadre de l’enquête publique ouverte pour la révision du PLU-H de la Métropole de Lyon, que je me suis consacré à une contribution sous forme d’un mémoire patrimonial à destination de la commission d’enquête. Cette contribution est visible ici et elle a été déposée au nom de notre association La Ville Édifiante puisqu’il s’agit d’un ouvrage collectif. Elle visait à formuler des propositions complémentaires incluant les ensembles ou bâtiments remarquables oubliés par la Métropole dans la mise en place de ses propres prévisions patrimoniales. Je reviens ici sur nos propositions formulées, celles au sujet de secteurs que nous avons jugés remarquables à Villeurbanne, ville ouvrière et laborieuse et dont le beauté est à rechercher dans les mille nuances de sa simplicité.
Il n’est pas question de m’étendre sur les principes de choix et encore moins de méthode qui ont pu présider à son écriture, mais simplement, à présent que le soleil se couche sur cet état d’activité débridée, et alors que je m’en sens encore les moyens, d’en donner un dernier témoignage. A la faveur de ce travail j’ai arpenté ma ville, Villeurbanne, au prix de saboter une roue de vélo, puis de trouer une paire de chaussures.
La magie n’opère que dans les lieux dont on n’a pas les clefs. C’était, à cette mesure, se surprendre en découvrant que telle rue dont on ne connaissait qu’un certain bout conduisait bien à telle autre, que telle impasse n’en est pas vraiment une et que d’ailleurs elle méritait vraiment un contemplatif détour, etc. C’est parfois ce qu’il s’est produit au cours de ces quinze derniers jours puisque j’ai redécouvert Villeurbanne.
Puis, après avoir remis cette somme de travail entre les mains du commissaire enquêteur, j’éprouvais la difficulté des rêves inachevés à imaginer ces pages finir par prendre inévitablement la poussière dans quelque obscur bureau. Certaines de mes extases étaient destinées à retrouver la lumière du jour, celui qui m’avaient conquis le plus. Je veux brosser de simples paysages, pour la plupart des surprises ou des penchants, jeter les mots au fil de la mémoire et céder la paroles aux couleurs et aux formes en listant ces paysages urbains méconnus.
Je ne pointerai donc pas ici l’ensemble des quartiers remarquables de Villeurbanne mais uniquement les quartiers, les séquences oubliées des prescriptions patrimoniales du PLU-H, celles sur lesquelles ne pèsent, hélas, aucune contraintes normatives qui pourraient veiller à en perpétuer le charme, l’agrément, la splendeur, et dont l’absence précipitera très vraisemblablement tout à la ruine.
1-Le quartier Bellecombe

Résolument ancré dans la vie urbaine en raison de son voisinage direct avec la ville de Lyon dont il constitue le prolongement solide, il est pour bonne part retenu par Métropole comme possible périmètre d’intérêt patrimonial. Les parties qui en sont exclues en revanche ne peuvent manquer de soulever interrogations et inquiétudes :

Les espace en question pourtant conservent des signes notables et semblables au périmètre suggéré par la Métropole. On y rencontre des ateliers accotés aux bâtiments d’habitation et même une cheminée dissimulée rue Damon autour d’un pittoresque réseau viaire très resserré. Diversité de hauteur, sous une mixité d’apparence, l’ensemble prête à l’imagination, reconversion, usages, le tout pour former une ville, authentique et plurielle dans ses usages. Un avenir qui n’en tiendrait pas compte ne tiendrait pas ses promesses et pourrait tout aussi bien aller s’établir dans un désert.
2-La rue Victor Hugo (Maisons neuves)

C’est un quartier historique totalement négligé des visées patrimoniales du PLU-H, et, pour cause il demeure une cible de prédilection dans la stratégie de densification radicale qui s’opère à Villeurbanne et qui s’est étalée là sans état d’âme depuis les années 90. Il s’agit pourtant d’un périmètre qui jouit du statut de vitrine villeurbannaise face à Lyon. Son aspect faubourg, presque coeur de village, reste séduisant. En son sein la rue Victor Hugo se signale, presque aucune de ses maisons ou villas n’en est indifférente :

3-Carrefour des rues Poizat/ Primat

Ce carrefour industriel est terriblement immersif avec ses alignements de sheds et sa physionomie très brute. C’est l’illustration de paysages que des décennies de renouvellement urbain, en consommant leur disparition, ont fini par rendre pittoresques . Quoiqu’il figure dans un périmètre de protection, aucune garantie n’est donnée sur son maintien, de là l’intérêt de souligner son importance. Il serait bon que la génération future n’ait pas l’impression de découvrir une énigmatique pyramide d’Égypte en avisant une usine.

4-Impasse Delle

S’il existe beaucoup d’impasses fleuries à Villeurbanne, ce petit bijou résidentiel a été une surprise de taille. Il excède le cadre résolument populaire du reste de notre liste : les maisons y sont riches et appartenaient selon toute vraisemblance à une petite élite résidentielle. Comme pour la rue Victor Hugo, presque toutes les maisons méritent qu’on s’y arrête.

Il était par conséquent difficile de résister à la tentation d’ajouter ce second spécimen photographique :

5-Quartier Cyprian

En longeant la rue Cyprian, on trouve peut-être le secteur le plus intimiste existant à Villeurbanne. Le périmètre est trop grand pour ne pas être décomposé. En commençant par les impasses Buyet et Louis Bocquet situées contre la voie ferrée, on découvre un réseau très ombragé et confidentiel. L’envie de flâner, parler aux gens, regarder cerisiers, poules ou légumes des potagers vaquer ensemble et tranquillement à leur besogne derrière leurs clôtures, peut enivrer des heures durant. Impossible d’imaginer que le périph’ rugit à quelques mètres seulement puisqu’on ne l’entend pas. Nulle part ailleurs je n’ai eu l’impression d’être à la campagne à Villeurbanne.

Pour couronner le tout les demeures y sont de qualité, et surtout homogènes dans leur essence résidentielle. L’oubli de ces quartiers dans le PLU-H est incompréhensible.
S’y ajoute plus au sud les parages de la rue Jules Guesde, typologie de lotissement mais qui sent déjà plus la ville :

La visite s’achève à proximité de l’avenue Krugger, grande voie de circulation d’axe Ouest-Est, mais dont le voisinage n’accable pas la forme des lieux :

6- Rue yvonne Chanue/Rue Début

Traversant le périphérique, j’ajoute à la somme des splendeurs indexées par le PLU-h de la rue Blasco Ibanez qui sont, elles, fort heureusement, repérées par le PLU-H :

celles de la rue Yvone Chanue de même typologie avec de beaux lotissements vraisemblablement élevés mi XXe, de facture très homogène.

7- Avenue Ampère (la Soie)

Autant le dire tout de suite, cette éclosion de petits champignons rangés autour de l’usine hydro électrique de Cusset forme un quartier dont je parierais mal sur les chances d’avenir. Son portait porte en fond de toile une évidente et radicale menace urbaine.

Il est remarquable pourtant . Les gens avec qui j’ai bavardé y vivent très satisfaits, ma foi, de leur environnement. Il est très végétal et son caractère régulier (avec ses maisons construites sur module constant avec des toits à très longs pans) contribue à l’ordonnance du cadre. En un mot voir pousser la cousine par alliance de la tour Montparnasse infernale sur leurs plates bandes ne leur dit rien.
8-La rue Victor Subit

De retour de l’autre coté des eaux, à proximité de Cusset, une séquence d’un lotissement très homogène parfaitement oublié : la rue Victor Subit. C’est un voyage au cœur des années 50, un univers planté là au milieu de la ville et dont les lignes basses et horizontales contrastent avec un front de paysage étiré dans les verticales. C’est d’autant plus surprenant que le paysage en question lui est contemporain.

9-Cusset.

Rabougries autour de l’ancienne église, les propositions patrimoniales du PLU-H sont indignes du cœur historique de Villeurbanne qu’est Cusset. Car ce quartier garde l’empreinte de remarquables dispositions.
Autour de la rue Bourgchanin, c’est un secteur de caractère très urbain en résonance avec le vieux bourg, aux effets pittoresques qui méritent mieux que la poubelle (ou la voirie) :

Plus au sud, des séquences pavillonnaires boisées attirent très favorablement le regard. On est bien désolé d’apprendre que le PLU-H les gifle de rouge, elles aussi. C’est-à-dire, le sacro saint alignement est atteint dans sa dignité car le quartier et sa vieille rue Cornavent présente le tort d’avoir existé avant 2012. En l’occurrence, oui, son souvenir remonte même à un temps où la Métropole n’existait pas :

De retour au nord, les parages de cette maison, figure emblématique du quartier est le départ d’un développement magistral vers la sortie de ville, mis en valeur par le relief :

Tout ceci est peu ou prou affecté à la voirie. Curieuse façon de considérer un quartier qui occupe une place si centrale dans nos mémoires collectives.
10- Impasse des Iris.

Plus modeste que la précédente impasse et néanmoins remarquable, les iris fondent un petit havre composé de belles maisons dont le débouché est l’extrémité orientale de la rue Francis de Pressensé. Tranquille et élégant.

11- Carrefour Louis Goux/ 4 aout 1789

Modeste croisement dont l’anarchie des toitures et leur variation contribuent à un remarquable sens du pittoresque. C’est là encore un caractère propre aux quartiers de faubourg. J’espère voir ce bastion branlant d’un passé très spontané dans son éclosion architecturale, survivre aux monstres d’acier qui se dresseront contre lui :

12-L’extrémité de la rue Francis de Pressensé/ Chateau-Gaillard

Avec ses anciens bâtiments semi ruraux dont la simplicité rappelle que la voie sur laquelle ils sont implantés est fort ancienne (ancien chemin neuf des Charpennes), ce bout de rue est décidément très attachant. Beaucoup sont anciens et remontent au moins au début du XIXe siècle. En un mot ils ont vu venir l’urbanisation de rase campagne :
Je le prolonge volontiers sur un périmètre proche mais de typologie bâtie très hétérogène dont l’aspect lotissement années 50, très régulier et inspiré, rassemble avec harmonie des volumes variés :

13- Le sud des Buers

Cette partie des Buers est exclue du périmètre de protection proposé par le PLU-H en périmètre B1, Maisons et foyers. Ses rues, à l’instar de la rue Paul Gojon pourtant, ne déméritent pas. Tout au contraire leur caractère est celui du périmètre donné par le PLU. On y retrouve cet esprit pavillonnaire très ombragé et de belles constructions truffées d’éléments soignés:

14- Rue Paul Proudhon

Cette rue, dans son croisement avec celle du Château Gaillard, possède une âme. Et une âme de qualité, même. De beaux ensemble avec de beaux spécimens que je ne peux m’empêcher de dévoiler ici.

15-Impasse Chosson (Poulettes)

Dans le quartier des poulettes, quelques séquences en particulier attirent l’attention, autour de l’impasse Chosson : les rues du foyer, et de la famille. Les noms paraissent adaptés à la situation exceptionnelle qu’ils décrivent. Ici c’est l’espace intimiste par excellence dans la grande cité. Comment ne pas s’autoriser cet étonnant crochet hors de la rue Perroncel. les maisons y sont simples mais l’étroitesse des voies, la verdure, contribuent à l’assoupissement paisible du tableau. Témoins les nombreux chats qui ont accoutumé de s’avachir paresseusement au milieu de la chaussée.

16-Le Nord des Buers (rue Alfred Brinon)

Écartée du périmètre Buers elle aussi, la rue Brinon se situe pourtant dans on prolongement direct. Et c’est une indispensable adresse. Un lotissement de villas très régulières et dont le maintien des éléments de composition bâti magnifie le beau quartier des Buers.

17-Rue des près (Saint Jean)

De l’autre coté du canal, faut-il s’étonner de voir le quartier Saint Jean, évincé déjà sur tant d’autres sujets plus urgents, évincé cette fois-ci sur le plan patrimonial ?
Au carrefour des rues des près et de Verdun un petit ensemble du type lotissement d’après guerre pourtant se signale très favorablement :

18-Les rues Marie Antoinette et Jean-P Brédy

En retraversant les eaux et remontant Salengro, en passe aisément sans les voir. Et c’est dommage car ces deux perpendiculaires campent un spectaculaire décor. La première des deux rues, plus architecturée, propose de belles séquences pavillonnaires :

La seconde est un écrin de verdure pour le moins rafraichissante. A noter la fantaisie architecturale de touche très contemporaine, preuve s’il en fallait que ce genre de cadre inspire et va chercher l’innovation dans le bon sens du terme :

19-Autour de la rue J-B clément

Autour de la rue J-B Clément, qui n’est que le prolongement de l’ancienne voie du Château-Gaillard, à elle seule très digne d’intérêt , le réseau viaire se contorsionne en méandres de rues très particulières, serrées. Le caractère est plus urbain coté l’ouest :

Plus volontiers ombragé à l’Est, autour des rues de l’espoir, la végétation reprend ses aises :

J’en détache un élément vraiment remarquable entre clôture en béton moulé, marquise polychrome :

20-Salengro Nord-Ouest

Autour des usines et des beaux spécimens de cheminées encore debout, de petites séquences sont à identifier. C’est la variété des constructions qui parle ici la langue d’une franchise, d’une clarté en parfaite contradiction à la fabrique de la banalité, appelée sans cesse par la densification.

Combien j’aurais de joie à retrouver une part significative de ces lieux intacts après 10 années, leurs objets et les cadres de vies qu’ils disposent maintenus et préservés. Au train où vont les choses c’est un vœu particulièrement hardi. Eh bien donnons-nous rendez-vous ce laps de temps écoulé. Enfin, d’ici là agissons dans le bon sens.
Ce que m’a apporté le PLU-H, c’est l’heure, la nécessité de m’emparer d’un sujet en devenir, avec les autres.
2 réflexions sur « Villeurbanne-Ce que le PLU-H m’a apporté »
Bonjour,
Quel travail énorme de recherche et de pérégrinations urbaines architecturales et patrimoniales. Bravo pour ces beautés mises à nue et votre objectif de mémoire.
V.B.
Merci à vous 😉